19.1.09

MIDI EXPRESS
Chroniques d’ un altermuséologue
19 janvier 2009-01-19


LES DOUTES D’ UN ANIMATEUR

L’ expérience d’ une assemblée générale populaire relatée hier soir, se voulant un exercice d’ auto-critique, ne me satisfaisant pas, laissant dans l’ ombre de nombreux doutes, j’ y reviens le lendemain matin au risque de vous lasser, si ça n’ est pas déjà le cas.

Je me suis toujours interrogé, lors des interventions communautaires auxquelles j’ ai eu à prêter ma collaboration comme volontaire, se déroulant parfois sur une période prolongée ( je pense surtout à la Haute Beauce, ce fantôme géant, qui a occupé une vingtaine d’ années de ma vie et qui me sert toujours de référence tellement l’ expérience fut exhaustive ), sur mes motivations profondes, sur l’ impact réel des réussites et des échecs, sur la tentation de la manipulation et du pouvoir tribun.

Pour ce qui est des motivations il est certain que j’ obéissais à une poussée irrésistible, à la fois croyance dans la cause du changement et de la solidarité coopérative et expression d’ une rébellion contre les coercitions auxquelles j’ ai été soumis dans dans ma jeunesse ( Religion, éducation, tutelle paternelle … ), mais également en regard des enseignements maternels, ma mère étant issue d’ une famille possédant une longue histoire de résistances tragiques. Il faut dire aussi que, malgré mon âge, je me considerais de la génération des années 70, étant en contact permanent avec les jeunes par mes enseignements. Ces facteurs, comme d’ autres, eurent come résultat un souci de me distinguer tout en me fondant dans la masse, de réfuter toute position arrêtée, d’ épouser le risque et la provocation comme modes de vie et de relationnement: Emporté vers le large dans la faible embarcation que je m’ étais construite, je défiais les dieux tout en tremblant.

Ceci m’ amène à commenter brièvement la tentation de la manipulation dont on est trop souvent soupçonné dans l’ exercice de ce métier. Où se trouve la ligne de démarcation entre celle-ci et la visée stratégique, propre à toute action organisée ? Tout dépend, à mon avis, de la légitimité des objectifs poursuivis. Mais qui en jugera ? Est-ce parceque nous sommes confrontés à une opposition qu’ il faille présumer d’ une justification de la présomption de manipulation stratégique ? Le verdict, parfois sévère, appartient à la communauté à laquelle le volontaire, animateur socio-culturel, consent à consacrer ses énergies. Le militant, bien souvent meurtri dans sa chair, n’ aura d’ autre issue que celle du courage d’ entreprendre son auto-critique sans sombrer dans la démobilisation, de poser et de se poser les questions troublantes qui font partie des rapports sociétaires.

Pour en revenir à l’ assemblée d’ hier, malgré la présence massive de la communauté et son écoute attentive, je sentais bien que tout avait été <> selon les meilleures règles du métier, ne laissant pas d’ autre choix aux personnes présentes que de se laisser entraîner dans un engrenage bien huilé. Je sentais néanmoins poindre dans l’ esprit de certains la question, rapidement éludée, dans quelle galère sommes-nous entraînés ? Était-ce une assemblée publique pour entériner ou valider l’ action unilatérale du Musée, justifier sa vocation communautaire, ou bien était-ce véritablement une tentative d’ associer toutes les voix , dans un geste de rémission, à la vie de l’ entreprise ? La question, restée sans réponse claire, à savoir si le Comité de participation possédait un pouvoir exécutif ( le document stipulant seulement qu le CP n’ était pas un groupe de pression ), est un exemple de zone grise que l’ on retrouve dans toute démarche de type concensuel. De la réponse à cette question découleront les rapports à venir à l’ intérieur du triangle diabolique dans lequel nous venons de nous engager: MUSÉE-POPULATION-AUTORITÉ. Je puis cependant affirmer sans l’ ombre d’ un doute que l’ intention de ceux qui ont mené le jeux ( La Directrice, moi-même, le Vereador ) était exempte de tout calcul récupérateur, tellement la foi dans l’ entraînement du mouvement fut grande. Le doute de l’ animateur muséal chevronné, dans mon cas, venait peut-être du trac que l’ on éprouve toujours au momment de franchir une étape décisive engageant la responsabilité sociale ?





Pierre (Mayrand)

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