15.1.09

L’ EXPOSITION ______________________ LA FACE DÉCHAÎNÉE DU MUSÉE


Pierre Mayrand, Altermuséologue, Québec, Canadá.
ACFAS, 2008
ULHT, Lisbonne, Pt



Quelque soit la précision des objectifs énoncés dans la mission du musée, les conntrôles établis afin que les actions du musée, notament l’exposition temporaire fabriquée in loco, répondent aux objectifs fixés par l’organisme, la réalité du processus expositionnel (mise en présence, présentation, représentation, représentaction ) est tellement complexe, compte tenu de sa durée et de la multiplicité des intervenants ( que ce soit l’exposition standard ou participative ), qu’il ne fait pas de doute qu’il s’opère une «distanciation» entre l’institution et les résultats obtenus, ceux-ci découlant d’une pensée toute puissante, poursuivant son propre chemin que nous qualifions de « déchaîné » (rompre la chaîne). Ceci est tout à fait salutaire, si l’on considère que la « représentificaction » , la réunion des trois phénomènes cités dans la thématique du colloque , fait de la mise en exposition un acte de création propre à sa vocation culturelle. Bien que la lourdeur des mécanismes de concertation, d’ajustement des intervenants, ralatentissent l’efficacité de l’embrayage poussé à fond afin de se conformer aux échéances, il n’en reste pas moins que dans l’exposition standard, comme dans l’exposition participative, la réunion d’un grand nombre d’intervenants autour du projet, associés par voie de concours ou par simple désir de coopération, fait l’effet d’un broyeur ou d’un extracteur d’idées-formes-relations à l’espace, tirant de l’idée originale (le projet) un mélange riche en saveurs, apprécié par soi-même ( le fabriquant) comme par le visiteur , le principal intéressé à en apprécier la teneur.

Le phénomène de transposition de l’idée, à l’origine du projet, encore toute proche de la mission du musée, en une quête d’autonomie basée sur le concensus continu d’expériences diversifiées, de la recherche par les acteurs d’une CRÉATION qui puisse se détacher de la présence de l’institution pour prendre vie dans la perception active du visiteur, y introduisant son propre imaginaire (la suite de la présentificaction déchaînée ), nous oblige à prendre une distance entre la vision simplificatrice du rapport symétrique entre la représentation, la présentation et la présence, des vues de l’esprit peu compatibles avec la rálité asymétrique du processus de fabrication d’une exposition, de ses intentions.

Cette liberté que prend l’exposition à travers ses médiateurs, puis, obligatoirement, à travers le regard transformateur du visiteur, est comparable à l’appel, par Jacques Hainard (Objets prétextes, manipulés ) à la confrontation entre le créateur et l’objet se voulant obstinément le maître du terrain. La métaphore donne bien le ton de l’analogie entre deux combats sur le terrain institutionnel: Soit celui mené contre la domination traditionnelle de l’objet pour lui-même, et celui que nous évoquons dans notre argumentation de la « désinstitutionalisation » du processus expositionnel contemporain . Force est de convenir que la très grande majorité des publics s’intéressent peu à la mission du musée, quand ils ne l’ignorent pas totalement. On va au musée X pour voir l’exposition Y, Z qui nous a été offerte par la publicité. Seule la fidélisation, privilège de quelques uns en situation de relation proximale, pourrait satisfaire entièrement l’égo institutionnel, lui donnant l’ illusion de la permanence d’un produit entièrement contrôlé, tellement les représentations sont enrobées dans les sinuosités de la symbolique, ce vecteur de l’imaginaire collectif qui, une fois libéré par l’action collectivisée, commence à agir en toute indépendance sur le milieu culturel et social.

Nous illustrerons notre propos par un exemple emprunté au Portugal: L’exposition thématique permanente « La mer, notre terre », au Musée de la Mer et de la Terre de Carapateira, un musée à orientation communautaire sous tutelle municipale.


LE CAS

La recherche entreprise, il y a dix ans, pour dégager le potentiel ethno-culturel d’une population, en Algarve, traditionnellement vouée aux travaux de la terre et de la mer, dans une zone protégée, le Parc Vicentin faisant face, de l’autre côté de l’ Océan, à la Péninsule de Gaspé , conduit au projet d’un musée participatif articulé autour de la cueillette d’objets témoins des usages quotidiens. Le noyau fondateur, constitué par la muséologue sensibilisée à la muséologie sociale et la réunion des donateurs, se donne la mission implicite d’un musée “vivant”, une prise de position vicérale partagée par les autorités municipales, issues de la gauche populiste.

Une fois les travaux de construction d’un édifice destiné à recevoir le programme muséologique entré dans la phase muséologique proprement dite, les chercheurs (anthropologues, historiens) faisant place aux professionnels et techniciens de l’exposition, utilisant le bassin local d’expertises à être formées à une muséologie populaire de la nouvelle génération, au Portugal, caractérisée par une muséographie réceptive aux modèles de représentation et de scénarisation thématique, tout ce monde se penche sur le petit univers (Microcosme) auquel il doit donner forme, contenu et orientation . En plein processus de présentaction une étude stratégique vient préciser la mission et les objectifs de l’organisme, apportant des corrections, articulant plus efficacement la thématisation sur le programme d’animation populaire: L’énoncé de mission, esquissé à la base, se mêle intimement aux techniques d’animation, à la sensibilisation des autorités municipales aux objectifs recherchés.

Un colloque sur le rapport musées locaux et autarquies cherche à metre en évidence la nécessité d’un accord entre les musées et les tutelles sur une autonomie mesurée du musée vis-à -vis de la tutelle, à la fois dans la gestion courante que dans les processus d’animation et de réalisation de l’exposition. Les autorités, peu soucieuses, au préalable , de contrôler le contenu expositionnel, plus enclins à s’intéresser au bâti et aux équipements urbains d’accompagnement , mis devant les faits accomplis, réalisant enfin, devant les témoignages d’éloges, le bien fondé d’orientations qui leur étaient peu familières (Les cinq autres musées municipaux du Conseil étant faits sur le modèle traditionnel ), s’empressent d’acourir, au plus haut niveau, pour comprendre l’engouement de la population, pressée d’investir LEUR musée.

Comme on peut le comprendre, ici aussi, le phénomène de distanciation joue de façon significative, bien que dans un contexte de relations proximales entre la population, l’autorité , le musée, qui entraîne une dynamique de positionnements mutuels, à l’intérieur de laquelle la présentation gagne en dialectique: Une stratégie du compromis négocié dans un esprit de liberté où l’exposition , plus que l’institution , malgré sa propagande, fait figure de proue. L’esprit de liberté naturelle des gens de mer et de terre, les associés du musée territoire, jeunes et anciens, ayant vécu la révolution socio-culturelle du 25 Avril , ne pouvait que militer en faveur d’un partage du pouvoir, le musée devenant un outil de prise de conscience des passages que vit une population: Une mission qui remonte vers l’institution à travers une muséographie évolutive porteur de représentactions déchaînées du changement social. Cette ascension à rebours d’une muséologie agissante, pensante, organique (population-environnement), ne pouvait que séduire, une fois estompé le syndrome de la prudence bureaucratique, les acteurs municipaux issus du peuple.


FIN DE RÉFLEXION SUR UNE DIALECTIQUE Mai 2008

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